Rapport

Le 3 avril, Donata Marra, psychiatre et animatrice du BIPE (Bureau Interface Professeurs Etudiants) de l'Université Paris 6 a remis à Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé (MSS) et à Madame Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) un rapport intitulé « La Qualité de vie des étudiants en santé ».[i] Ils sont plus de 350.000 et représentent l’avenir de notre système de santé.

Le thème de ce rapport est en harmonie avec l’actualité toute récente :

- quelques jours plus tôt, un éditorial du N Engl J Med intitulé « Managing the Most Precious Resource in Medicine » débutait par cette phrase : « De nombreuses institutions de santé semblent avoir perdu de vue le truisme selon lequel nos professionnels de la santé [et en particulier nos étudiants] sont notre ressource la plus précieuse »[ii].

- le 31 décembre 2017, le Journal Officiel publiait la « Stratégie nationale de Santé 2018-2022 », qui retient comme l’un des 11 domaines prioritaires celui de « Prendre soin de ceux qui soignent ». [iii]

Au décours d’auditions de plus de 100 personnalités ou structures nationales représentatives des diverses composantes de la médecine, ainsi que d’auditions internationales en particulier Canadienne et Suisse, Donata Marra fait quatre constats :

1- il existe un mal-être des étudiants en Santé,

2- il est impossible de déterminer avec exactitude l’ampleur du problème,

3- il existe des arguments pour penser qu’il est plus important qu’avant et qu’il existe une conjoncture particulière à la France,

4- la priorité est à la mise en place d’un plan d’interventions coordonné et systémique à la mesure des enjeux.

Le rapport comprend 12 recommandations qui ont servi de base à l’élaboration des 15 engagement pris par les deux ministères (MSS et MESRI), dont certains concernent directement et spécifiquement les présidents de Collèges et les coordonnateurs de DES :

1. Créer dans toutes les universités une structure d’accompagnement des victimes de violence,

2. Créer dans toutes les facultés de santé une structure d’accompagnement, ouverte à tous les étudiants et garantissant la confidentialité,

3. Renforcer les moyens des Services de Santé Universitaires et favoriser leur évolution vers des centres de santé universitaires,

4. Mettre en place une cellule nationale d’évaluation des situations exceptionnelles permettant en dehors des règles liées au classement à l’ECN le changement de filière ou de subdivision,

5. Assurer l’évaluation systématique des lieux de stage par les étudiants, dans toutes les filières et déclencher une procédure de réexamen de l’agrément ou des conventions en cas d’évaluation insatisfaisante,

6. Introduire un module transversal concernant les risques psycho-sociaux, la gestion du stress et les stratégies « d’empowerment » dans toutes les formations en santé,

7. Améliorer les conditions de travail en stage : respect strict du repos de sécurité et limitation à 48h du temps de travail hebdomadaire ; formation pédagogique de tous les encadrants ; amélioration des conditions d’accueil et d’hébergement lors des stages en milieu rural,

8. Rendre l’étudiant acteur de son orientation : créer un module d’information sur les formations en santé accessible sur Parcoursup à la rentrée 2018, Inclure un module de préparation du projet professionnel dans toutes les expérimentations d’alternatives à la PACES ; Faire de l’orientation progressive des étudiants en santé une priorité dans la réflexion sur les formations en santé ; Assurer des passerelles de sortie avec validation des acquis pour tous les étudiants en santé à tous les niveaux de leurs études,

9.  Rapprocher toutes les formations de l’université et assurer l’accès de tous les étudiants en santé à la médecine préventive, aux activités culturelles et sportives au plus tard à la rentrée 2019,

10. Repenser les cursus pour les centrer sur les compétences à acquérir et sortir d’une logique de compétition : poursuivre les expérimentations d’alternative à la PACES et les travaux concernant la réforme du second cycle des études médicales avec l’objectif d’une disparition de l’iECN dans sa forme actuelle,

11. Créer un centre national d’appui, doté de moyens spécifiques, et réunissant des enseignants de toutes les formations en santé,

12. Créer, en lien avec les associations étudiantes des structures régionales permettant le recours pour des difficultés non résolues localement, notamment pour les internes,

13. Réaliser, en lien avec les associations étudiantes, une enquête à jour fixe et développer une communication spécifique,

14. Réaliser en lien avec Santé publique France et les associations étudiantes un clip pour aider les étudiants à détecter la souffrance psychique chez leurs collègues et à les accompagner vers des ressources. Cette mesure s’articulera avec le développement de la formation aux premiers secours en santé mentale prévue dans le plan national de santé publique,

15. Développer un module spécifique de formation des formateurs, nécessaire pour accéder aux fonctions de direction des instituts de formation et de coordonnateur de Diplôme d’Etudes Spécialisées.

Les représentants des étudiants, très largement impliquées dans ce rapport, soulignent « la qualité du travail d’écoute et de concertation, « que pour la première fois, une proposition de mise en place d’une force spécifique vers l’ensemble des étudiants en santé est  faite », la nécessité d’une démarche collective[…] ayant pour objectif de « faire en sorte que les statistiques des étudiants en santé en termes de risques psycho-sociaux soient revenues dans la norme de leur tranche d’âge d’ici 5 ans ».

Olivier Farges pour le bureau de la CNCEM.

[i] http://solidarites-sante.gouv.fr/ministere/documentation-et-publications...

[ii] McMahon GT. Managing the Most Precious Resource in Medicine. N Engl J Med. 2018 Mar 20. doi: 10.1056/NEJMe1802899.

[iii] http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dossier_sns_2017_vdef.pdf et https://www.legifrance.gouv.fr/jo_pdf.do?id=JORFTEXT000036341354